Toutes les actualités

Pratiquer l’aviron après un cancer – Les kinésithérapeutes s’engagent pour le challenge Avirose

  • Partager
  • Imprimer

Dédié aux femmes ayant eu un cancer du sein, Avirose est à la fois un concept d’entraînement et une compétition annuelle d’aviron indoor organisée dans le cadre des championnats de France de la discipline. La course suscite l’engouement des patientes et des kinésithérapeutes qui les accompagnent : l’édition 2024, en février dernier, a rassemblé plus de 370 participantes. Jocelyne Rolland, kinésithérapeute à l’origine de cette initiative, explique en quoi cette activité sportive est bénéfique pour les femmes, qu’elles aient été malades ou pas.

Le « challenge Avirose » 2024 s’est tenu en début d’année au stade Charléty à Paris. Il s’agit d’une compétition officielle d’aviron indoor, puisqu’elle se tient dans le cadre des championnats de France de la discipline, sous l’égide de la Fédération française d’aviron. Les équipes, formées de quatre femmes dont deux au moins ont été touchées par un cancer du sein, se relaient pour une course de 4 x 500 mètres. De nombreux kinésithérapeutes sont investis dans cette démarche, engageant leurs patientes à reprendre une activité sportive et à s’entraîner régulièrement, en club ou dans leur cabinet équipé d’un rameur.

Les origines du concept

« J’accompagnais beaucoup de femmes opérées d’un cancer du sein, et je pratiquais moi-même l’aviron », explique Jocelyne Rolland. « Je savais que les championnats de France d’aviron indoor étaient organisés chaque année à Paris et j’ai eu envie de m’inscrire ». En 2016, seule dans sa catégorie (plus de 60 ans, poids léger), elle est sacrée championne de France ! Elle décide de retenter l’aventure l’année suivante, où elle termine 6e sur 6 inscrites. Certaines de ses patientes sont venues l’encourager ; elles constatent que la compétition est ouverte à toutes sortes de catégories : membres de clubs d’aviron, mais aussi élèves de collèges et lycées, personnes handicapées : amputées, malvoyantes, paraplégiques…

Jocelyne Rolland achète alors plusieurs rameurs et décide de développer, dans son cabinet, une activité d’entraînement à l’aviron pour faciliter la reprise d’une activité physique après un cancer. L’idée de « challenger » ses patientes en les faisant participer à la compétition fait son chemin : le concept Avirose est né. « En 2017, je suis allée voir la Fédération française d’aviron, qui a tout de suite adhéré à mon projet. Une nouvelle catégorie a été ajoutée aux championnats de France ». Les équipes Avirose effectuent la course officielle, de 2 000 mètres, en relais 4 x 500 mètres, distance accessible avec un entraînement minimum. Autres pré-requis : venir habillée en rose et fournir un nom d’équipe !

En 2018, une quinzaine d’équipes Avirose participent au championnat. Elles sont composées de patientes et de leurs kinésithérapeutes ou amies. Les femmes sont conquises par l’expérience et enthousiasmées par l’ambiance de fête qui règne dans le gymnase. Elles n’ont qu’une envie : revenir l’année suivante.

Au fur et à mesure des années, de plus en plus de patientes et de kinésithérapeutes adhèrent au projet. Le « challenge Avirose » 2024 rassemble ainsi 372 participantes : 93 équipes, dont 54 sont accompagnées par leurs kinésithérapeutes. « C’est la catégorie du championnat qui compte le plus d’inscrits : une véritable vague rose ! », s’amuse Jocelyne Rolland.

Une formation indispensable

Entre temps, Jocelyne Rolland a créé une formation à l’attention des kinésithérapeutes qui souhaitent se lancer dans l’aventure Avirose et accompagner les séances d’entraînement. Il leur est demandé d’avoir suivi au préalable un enseignement sur les spécificités du cancer du sein, les caractéristiques des traitements, leurs effets secondaires et les techniques de rééducation et de soins dans ces situations. La formation qu’elle propose vise, d’une part, à apprendre le geste de rameur, qui « doit absolument être effectué correctement, de façon adaptée et progressive, pour ne pas provoquer de blessure » et, d’autre part, à savoir réaliser un bilan[1] de la condition physique de la patiente pour l’accompagner et la suivre dans cette démarche.

L’aviron, un sport adapté après un cancer

L’aviron est un sport complet qui aide à retrouver une condition physique satisfaisante. « Il permet le renforcement de l’ensemble des muscles du corps. Le geste est vraiment adapté pour les femmes ayant eu cancer, qui ont souvent subi une fonte musculaire après leur chimiothérapie ». Il faut savoir que l’aviron sollicite principalement les membres inférieurs, par le travail de poussée sur la coulisse (le « siège » de l’aviron). Il engage aussi les muscles du tronc et, dans une moindre mesure, ceux des membres supérieurs. Les entraînements, progressifs, peuvent facilement être adaptés à tout type de handicap ou de douleur, le rameur étant équipé d’un ordinateur de bord facilitant les réglages et la visualisation des progrès.

Les bienfaits de l’activité physique sur la santé ne sont plus à démontrer, y compris après un cancer. « Il est conseillé de pratiquer une activité endurante, musclante et assouplissante pour retrouver une bonne condition physique après les traitements. L’aviron permet tout cela », détaille la kinésithérapeute. « Et, je dis souvent à mes patientes que, pour bien vieillir, toutes les femmes devraient pratiquer une activité physique adaptée à leurs possibilités ».

Le rôle du kinésithérapeute

Les kinésithérapeutes ont un rôle primordial dans l’incitation à la pratique régulière d’une activité physique. « Ils connaissent leurs patients, avec qui ils ont souvent déjà noué une relation de confiance », précise Jocelyne Rolland. Elle qui proposait déjà, dans son cabinet, des cours de « rose Pilates » (Pilates adapté aux femmes ayant eu un cancer du sein), elle a mis en place pour ses patientes des entraînements réguliers d’aviron indoor, soit en vue de participer au challenge Avirose, soit tout simplement pour entretenir leur condition physique. « Les femmes me disent qu’elles ne s’entraînent plus parce qu’elles ont eu un cancer, mais parce qu’elles veulent participer au prochain challenge Avirose ! », remarque la kinésithérapeute.

Pour elle, les entraînements sportifs organisés au cabinet par les kinésithérapeutes sont aussi une façon de diversifier leur activité et d’insister sur la prévention, en se tournant vers l’accompagnement du « mieux-être » et du « bien vieillir ». De leur côté, les patients apprécient de bénéficier d’un entraînement adapté et personnalisé, réalisé par leur praticien.

Perspectives

Dans les années qui viennent, Jocelyne Rolland entend bien continuer à déployer le concept Avirose. « Le rameur est vraiment un outil efficace de rééducation et de remise en forme après la maladie », note-t-elle, rappelant qu’une étude à ce sujet a été publiée récemment[2]. Son rêve ? Réaliser une étude à grande échelle pour montrer les bénéfices du concept sur la santé des patientes. En attendant, elle compte développer un projet similaire avec la Fédération française d’aviron, cette fois en direction des hommes, afin de les encourager à la pratique de l’aviron après un cancer. Rendez-vous début 2025 pour la prochaine édition du challenge Avirose !

——————————–

[1] https://www.ordremk.fr/actualites/kines/notice-de-mise-en-oeuvre-de-lactivite-physique-adaptee/

[2] Benoît Demey, Le rameur pourrait-il devenir un incontournable de la rééducation ? Kinésithérapie scientifique 2022 ; 646 : 3-9. https://www.ks-mag.com/article/13029-le-rameur-pourrait-il-devenir-un-incontournable-de-la-reeducation